dimanche 1 novembre 2009

O Campo!


D'abord, mille excuses pour mon manque total de discipline sur ce blogue. Parfois, nos horaires bien irréguliers rendent quelque peu difficile la tâche d'écriture assidue... C'est donc un arrêt forcé à la capitale qui me permet aujourd'hui de prendre du temps pour écrire quelques lignes.

Premièrement, sur le plan personnel...j'ai décidé de prolonger mon séjour ici. Mon contrat se terminera donc finalement au moins en février, mais fort probablement en mars. Il reste encore quelques détails logistiques à vérifier pour l'officialiser. Le temps ici passe beaucoup trop vite, et comme je n'ai pas encore de plan précis pour la suite, j'ai pensé qu'il valait la peine de vivre l'expérience jusqu'au bout.

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Un des thèmes qui a occupé beaucoup notre attention dans la région au cours des dernières semaines a été l'enquête de la Commission nationale extraordinaire pour la transparence sur les cas controversés des licences pour l'exploitation cimentière à San Juan Sacatepéquez, dans la région de la capitale, et minière à San Miguel Ixtahuacán et à Sipacapa, dans le département de San Marcos. Pour répondre au taux particulièrement élevé de conflictualité dans les communautés concernées par ces projets, la Commission de transparence avait comme mandat d'étudier ces cas pour ensuite fournir ses conclusions et recommandations.

L'enquête a débuté par une série d'audiences publiques dans la capitale. Dans le cas de la Mine Marlin, dans le département de San Marcos, les audiences se sont déroulées sur trois jours. Se sont succédés les organisations civiles en opposition et en faveur du projet, les Ministères de l'énergie et des mines ainsi que de l'environnement et des ressources naturelles et l'entreprise en question, Montana Exploradora, une subsidiaire de la compagnie canadienne GoldCorp afin de répondre aux questions de la Commission. Celle-ci a, par la suite, visité quelques unes des communautés les plus affectées par le projet minier. Une tournée éclair des maisons fissurées et des gens souffrant de maladies de peau a donc été effectuée par les membres de la Commission. De plus, une rencontre avait été organisée pour permettre aux membres de ces communautés de s'exprimer sur la question. Beaucoup des commentaires alors entendus faisaient référence au niveau de conflictualité sociale élevé découlant du débat sur la présence de la mine. La journée s'était terminée par la visite de la mine. Bien entendu, nous avons dû patienter à l'extérieur avec la grande majorité des personnes présentes. La ballade en pick-up nous avait toutefois permis de voir l'étendue de cette construction à ciel ouvert.

Il ne nous restait plus qu'à attendre le rapport de la Commission. Celui-ci fut remis officiellement au président du Congrès vendredi le 23 octobre. Je n'ai pas encore eu la chance de lire le rapport au complet... Toutefois, nous avons assisté à sa présentation par la présidente de la Commission, la députée Rosa María Ángel Madrid de Frade. Essentiellement, le rapport recommande que des études indépendantes soient effectuées pour connaître la quantité réelle d'eau utilisée par la mine, les dangers environnementaux reliés à l'usage de produits chimiques, le lien entre la présence de la mine et les maladies de peau des habitants des communautés ainsi qu'avec les maisons fissurées, etc. Au premier abord, la responsabilité de la mine n'est jamais mentionnée. Il faudra attendre que des experts indépendants se prononcent éventuellement sur ces questions... J'ai donc peur que les espoirs d'une partie importante de la population de San Miguel Ixtahuacán soient, du moins, quelque peu déçus…

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Mon séjour dans une des communautés particulièrement affectées par le conflit armé interne, dans les années 1980, dans le département de Huehuetenango se situe, quant à lui, dans un tout autre registre. En effet, ce fut pour moi l’occasion d’en apprendre (beaucoup!) sur la récolte du maïs, de découvrir qu’il est commun et efficace de chasser les oiseaux avec une sarbacane et de faire rire de moi en essayant de prononcer quelques mots en Chu’j. J’ai aussi pu expérimenter une de mes plus grandes peurs… les temps libres. En effet, notre travail dans cette communauté est surtout concentré autour des trois repas de la journée (caractéristique qui ne me déplait pas non plus…) ce qui nous laisse tout de même beaucoup de temps libres entre chacun de ceux-ci. J’en ai profité pour développer un système pour me laver avec mes vêtements dans le ruisseau, lire, lire, lire et explorer les champs de maïs. Il fallu aussi s’adapter à un tout autre rythme de vie. Un genre de décalage horaire qui nous pousse à vivre avec le soleil. Ceci signifie dodo à 19h30… ce qui ne m’était sûrement pas arrivé depuis une bonne vingtaine d’années. Ce fut aussi quelques discussions super intéressantes dans les familles que nous visitons. J’ai donc bien hâte d’y retourner, malgré le long chemin qu’il faut emprunter pour s’y rendre…

Elyse

jeudi 1 octobre 2009

Une première sortie



Dimanche matin, 4h30. Un réveil plutôt abrupte, à l'image d'une sortie assez chaotique. Par chance, Elyse, dans toute sa solidarité, a réussi à s'extirper de son lit afin de me souhaiter bonne chance. À 5 heures, Natalia (ma partenaire pour cette sortie) et moi quittons la Casa en taxi pour la station d'autobus. Après environ quatre heures de route et un transfert de bus, nous arrivons finalement à la communauté. Construite à flanc de colline, ce village est constitué d'une centaine de petits sentiers qui montent et qui descendent, qui remontent et qui redescendent... Natalia n'en étant pas à sa première visite, elle nous guida facilement dans ce dédale vers la maison où réside le témoin chez qui nous dormirons et mangerons au cours des prochains jours. Ce dernier fait partie du comité de victimes accompagné par Acoguate.

Formé en 2000, ce comité fut constitué afin que justice soit faite dans une histoire de disparition forcée qui remonte aux années 70. En effet, une vieille dispute entre un ''comisionado militar'' et certains membres de la communauté aurait mené, en 1981, à ce que plusieurs d'entre eux soient accusés de faire partie de la guérilla guatémaltèque. Directement au coeur des mesures contre-insurgentes de la période que l'on nomme à juste titre ''guerre sale'', il n'en fallu pas plus pour que, sous les ordres d'un colonel de la région, les huit présumés disparaissent aux mains de trois ''comisionado militar'' et de leurs hommes. Depuis lors, aucun des disparus ne fut retrouvé, mort ou vivant. C'est ainsi que de nombreuses années plus tard, suivant la formation du comité de victime (la majeure partie étant parents des victimes), une longue bataille juridique débuta. La série de revirements étant trop compliquée pour être détaillée ici, je me limite à ne mentionner que les points les plus importants, en vous invitant, du moins les hispanophones, à jeter un coup d'oeil sur le site d'Acoguate, plus précisément l'entrée du mois de janvier dernier (http://acoguate.blogspot.com/2009_01_01_archive.html). Bref, le Comité en est à un point tournant dans son histoire, puisqu'il y a deux semaines s'est ouverte une nouvelle étape de la saga judiciaire, avec l'ouverture du débat public. S'en prendre à des anciens de l'armée n'étant pas une mince affaire au Guatemala, et particulièrement à un ancien colonel, ce qui est une première au pays, le groupe s'est vu faire face à de nombreux obstacles (intimidations, etc).

La tension était élevée le mardi suivant, date du débat public. La semaine d'avant, il ne put avoir lieu vu l'absence du colonel, qui ne fut pas transféré depuis l'hopital militaire. De ce fait, plusieurs se demandaient si le scénario se répèterait. Finalement, le principal intéressé fit son entrée, traversant la foule, notamment composée des membres du Comité de victimes, qui attendait à l'extérieur de la salle. Le procès débuta par une requête de la partie plaignante, représentée par un organisme étatique de défense des droits humains (Procuradora de Derechos Humanos). Celle-ci proposa d'amplifier l'accusation, qui pour plusieurs raisons se limite au crime de séquestration, afin d'englober ceux de disparition forcée et de torture. Après avoir profité de la pause du dîner pour délibérer, les juges tranchèrent en faveur de la défense, jugeant que cette requête était inapplicable à cette étape de la procédure, c'est-à-dire avant la présentation de la preuve. Plusieurs furent fortement déçus par cette décision (et d'autres plutôt réjouis), qui marqua cette première audience publique. Suite à cela et après avoir salué les membres du Comité, Natalia et moi sommes revenus à la capitale, assez ébranlés. D'autant plus que dans le cas de ma partenaire, ce fut sa dernière visite avant de sortir du pays, après neuf mois d'accompagnement dans la communauté.

Au long de ces trois journées d'accompagnement, à plusieurs reprises il vint des moments où je ne savais plus trop où donner de la tête afin d'être le moindrement utile, particulièrement en ce qui à trait au cirque juridique qu'a été l'audience du mardi. Vu l'ampleur du précédent causé par cette affaire, une quantité importante d'organisations et de groupes luttant pour les droits humain étaient présents. Je ne peux m'empêcher d'être un peu découragé par l'ampleur que prend toute l'affaire. Évidemment, je suis extrêmement content pour les victimes qu'autant d'appui leur vienne de l'extérieur de la communauté. Cependant, il me semble un peu aberrant qu'après des décennies cette histoire ne soit pas encore réglée, aussi évidente la solution semble-t-elle être. De ce fait, j'admire énormément le courage, et surtout la patience, des membres du Comité de victimes.

Guillaume

samedi 26 septembre 2009

¡Viva el blog libre!

Actuellement en réflexion sur l'avenir de ce blogue... La nature du travail que nous effectuons ici nous pousse à remettre en question la forme que prendront nos interventions futures. Parce qu'une sortie en tant qu'accompagnateur n'est pas du tout la même chose qu'une virée vers un quelconque plan d'eau. Pour cette raison, nous déclarons par la présente que la forme de ce blogue sera freestyle. Se côtoierons donc l'invasion de puce du sac de couchage de Guillaume et les disparitions forcées.

mercredi 16 septembre 2009

Après le tsunami

Ça y est, notre formation d'accompagnateur/trice est terminée! Nous ne nous sommes pas tués à la tâche non plus, ayant pu faire une petite virée au cours de la fin de semaine dernière pour profiter de la plage ainsi que du beau soleil de septembre de Monterrico.

Bien que nous ayons tout deux déjà visité l'endroit, nous n'avons pu résister à l'appel de cette plage de sable volcanique et de ses délicieux licuados (gingembre-melon d'eau-citron, mmm). La longue descente vers la Costa Sur fut assez intense, autant en termes de changement de température que de succès souvenirs de notre enfance, le chauffeur de la camioneta s'avérant être un fan fini du groupe dance-pop danois Aqua. Surprennemment, les autres passagers ne semblaient pas partager notre émotion à l'écoute de Barbie Girl... Ceci étant dit, un coucher de soleil mémorable nous attendait, accentuant le contraste avec notre hotel sordide. S'ensuivit une nuit bien festive, notamment au Kaiman, discothèque/show de laser où Guillaume était officiellement le plus grand de la place! En revenant à la Casa des accompagnateurs, quelle ne fut pas notre surprise d'entendre que tout le monde s'inquiétait à notre sujet à cause du tsunami annoncé par les médias nationaux. À part quelques bouillons d'eau saline et égratignures causées par les vagues, celles-ci semblent nous avoir épargnés.

Le lendemain de notre retour, c'était Día de la Independencia au Guatemala; les nombreux colegios de la ville nous ayant déjà donné un avant-goût de la fête avec leurs (très) nombreuses répétitions de fanfare, celle-ci avait des airs plutôt militaires. Les bombas (feux d'artifices probalement illégaux au Nord du Mexique) ajoutaient au réalisme de la chose, de même que le contingent anti-émeutes stationné à l'arrière du Palacio Nacional. Qu'à cela ne tienne, les vendeurs ambulants du Parque Central ont su voler la vedette avec beaucoup de friture.

La formation s'étant officiellement terminée mardi dernier, la journée d'aujourd'hui fut plutôt chargée en termes d'arrangements pré-départs et de réunions. Demain, nous serons réellement lancés dans la gueule du quetzal. Alors qu'Élyse se joindra à la retraite de l'équipe d'accompagnement long-terme pour prendre soin de sa santé mentale (en termes préventifs, bien sûr), Guillaume assistera à une audience publique sur la construction d'une entreprise de ciment, sujet plutôt sensible dans la région.

Nous vous tenons au courant de nos premiers acco-pas!

mercredi 9 septembre 2009

Dans la capitale

Hola! Voilà déjà une semaine que nous sommes arrivés au Guatemala. Ces premiers jours furent plutôt tranquilles, car dès le lendemain de notre atterissage à l'aéroport international La Aurora, nous nous sommes enfuis vers des cieux plus cléments, et surtout moins pollués, soit ceux du Lago de Atitlan, situé à environ entre deux et quatre heures de route. Endroit incroyablement beau, entouré de volcans et de villages holistiques construits par des hippies, nous avons établi notre camp de base à l'un de ces derniers, celui de San Marcos la Laguna/le labyrinthe de Pan. Élyse s'est fait mordre par un chien et Guillaume a momentanément perdu son sac à dos, ce qui ne nous a pas empêché de passer un week-end des plus agréables. En effet, ces derniers évènements furent l'occasion pour Élyse de se préparer pour ses futures aventures, où abonderont les chiens aggressifs, et pour Guillaume de parler à presque tous les capitaines de lanchas (petits bateaux) qui travaillent au Lac. Sinon, quelques-uns des moments forts furent les baignades, et plus particulièrement le fait qu'il était possible de sauter depuis des falaises de dix mètres pour atteindre l'eau.

Depuis lundi, notre camp de base a changé d'adresse. Effectivement, nous avons débuté la formation pour l'accompagnement à Guatemala Ciudad, un peu semblable à celle que nous avons vécu au Québec, mais dans un contexte d'auberge espagnole (moins Barcelone). Nous avons fait connaissance avec les nombreux accompagnateurs des différentes organisations internationales qui prennent part au projet Acoguate (www.acoguate.blogspot.com). C'est dans ce contexte que nous découvrons tranquillement la ville, peu invitante aux premiers abords. Aujourd'hui, entre deux ateliers nous furent assignés nos régions respectives. Alors qu'au cours des prochains mois Élyse aura à faire face à ses hantises canines à l'ouest du pays, Guillaume aura à combattre l'insécurité chronique engendrée par les taxis sans ceinture de sécurité de la capitale. La formation se terminant bientôt, nous entrerons bientôt dans le feu de l'action!

Nous vous laissons en vous titillant avec quelques photos de notre fin de semaine, et vous invitons à laisser vos commentaires.
À bientôt!
Élyse et Guillaume