lundi 15 février 2010

Des nouvelles personnelles

Le temps des départs

Beaucoup, beaucoup de temps a passé depuis les dernières nouvelles sur le blogue... D'abord, le départ de Guillaume. Et oui, ce qui devait arriver arriva, Guillaume a terminé son contrat et est allé poursuivre sa route sur le vieux continent. Ce départ était naturellement très important pour moi... Nous avions initié le projet ensemble. En plus, la présence d'un ami qui vient du même endroit que soi était très rassurante et réconfortante à certains moments. Une période d’adaptation a donc été nécessaire pour m’habituer à ce changement...


Ici, le changement est plus une norme qu'un bouleversement. Parce qu'en plus du travail qui atteint à certains moments des niveaux d'instabilité et d'imprévisibilité record, les relations interpersonnelles subissent le même sort. Des départs, des arrivées à chaque mois. Il faut donc constamment se recréer un équilibre autour de soi. Début janvier, Tito, mon partenaire de travail depuis le début s'en retournait vers ses contrées parisiennes. Février, Mika, Judith et Katarina qui étaient ici pratiquement depuis mon arrivée s'en allaient eux aussi... En même temps, des nouveaux nouveaux, des nouvelles amitiés... ça devient un peu épuisant à la longue....

Noël au Mexique

Le thème est presque passé date. La fin du contrat de Guillaume coïncidant avec mes vacances, et l'arrivée d'amis du Québec au Mexique, une petite virée intitulée «le Québec au Mexique» s'est donc organisée. Premier arrêt à San Cristobal de las Casas au Chiapas, pour Noël. Noël au Sud c'est bizarre. En même temps, ça faisait du bien de ne pas être dans la course folle « fin de session- magasinage- surdose de publicité- et foule hystérique dans tous les commerces ». Et le plus important, nous avons réussi à recréer un vrai réveillon avec plein de gens pour la soirée du 24. Sept Québécois, deux Français et des Suédois qui font un travail semblable au nôtre au Chiapas, de la bonne nourriture, du vin chaud et voilà!



Ensuite, nous avons poursuivi notre route a cinq vers le Yucatan. Une sieste et un dodo à Campeche, le temps de trouver la ville bien étrange et de visiter les ruines mayas de Edzná. Ensuite, arrêt a Mérida. Ce fut l'occasion d'être accueillis chaleureusement par Alex dans son appartement, de passer une belle journée avec Mariana et Mathieu (encore plus d'amis du Québec!), de découvrir un phénomène géologique des plus divertissants: les cenotes et de se préparer pour l'expédition du jour de l'an.


En tant que jeunes qui ne veulent pas faire les choses comme tout le monde, nous avions décidé de chercher une plage inconnue au Yucatan (!). Grâce aux conseils d'Alex et de ses amis, nous avons appris l'existence d'une plage dont la route d'accès avait été détruite par un ouragan quelques années auparavant. Ce qui en fait aujourd'hui, une plage pratiquement déserte. Durant la journée du 29, nous nous sommes donc affairés à la préparation de ladite expédition: nourriture, eau, hamacs, chasse moustiques, etc. Par expédition, je veux vraiment dire expédition... Comme dans: la plage est à 5h00 de marche de la route et est seulement habitée par des milliards de moustiques. Par chance, sur le chemin pour se rendre nous avons rencontré un pick-up qui nous a gentiment rapproché de notre but. Malgré l’abondance de moustiques et le sable dans la nourriture, nous avons passé un super jour de l’an sous la pleine lune!

Après les adieux déchirants, je suis rentrée à la maison à Guatemala.



La saga du billet d'avion

Pratiquement depuis mon arrivée ici, il y avait une grande incertitude face à la date de mon retour à Montréal et à la fin de ma participation au projet. Finalement quelques réponses... J’ai modifié ma date de retour pour le 1er août. Oui oui, en même temps que ma fête! Je voulais prolonger ma participation avec ACOGUATE. Finalement, il fut possible de modifier mon contrat jusqu’a la mi-mars. J’étais un peu déçue, mais il semble que la vie fasse bien les choses. Et oui, si la rumeur se confirme, je devrais travailler comme stagiaire dans une organisation ici pour environ quatre mois. Je ne donne pas plus de détails pour l’instant, mais ça ne devrait tarder...

Changement d'équipe

Depuis la mi-janvier, j’ai changé d’équipe de travail. En effet, j’ai terminé mon travail dans la région, et intégré l’équipe mobile de la capitale. Les sorties d’accompagnement sont maintenant plus courtes en général, et peuvent être un peu n’ importe où dans le pays. Il y a certains cas que nous accompagnons depuis plusieurs années, mais l’équipe répond aussi à des demandes plus ponctuelles.

La fin approche

Il me reste maintenant moins d’un mois en tant qu’accompagnatrice. Ça fait très bizarre... Je commence tranquillement à mettre de l’ordre dans toute l’information que j’ai accumulée au cours des derniers mois. Le temps des bilans n’est pas encore arrivé, mais ne devrait pas tarder non plus...

mardi 9 février 2010

Entrevue avec Javier de León et Fernando Solis

Voici des extraits d’une entrevue réalisée par des membres d’ACOGUATE en novembre dernier. Miguel Fernando Solis est coordonateur exécutif et éditeur de l‘association El Observador ainsi que chercheur dans les domaines politiques, économiques et sociaux à l‘Université de San Carlos de Guatemala (USAC). Javier de León est un leader communautaire Maya Mam et militant des droits des peuples autochtones ainsi que coordinateur de l‘Association pour le développement intégral de San Miguel Ixtahuacán (ADISMI ).

ACOGUATE : Quel est le rôle de l’exploitation minière au Guatemala dans le contexte post conflit armé?

FS- La fin formelle de la guerre a favorisé l’imposition d’un État et quand je parle d’État, je ne parle pas des institutions en tant que telles, mais plutôt d’un type de relations de pouvoir. Les institutions vont générer les conditions pour que le Guatemala crée des relations et soit accepté dans ce qu’on appelle le concert des nations démocratiques. Le pays était considéré comme non démocratique parce qu’il était dirigé par des gouvernements militaires. Formellement, nous vivons maintenant dans un système démocratique et nous sommes en paix. Ce n'est toutefois pas la réalité. Les mêmes conditions qui ont donné naissance au conflit continuent d'exister au pays. Les militaires sont encore ici et la justice n'a jamais fonctionné pour questionner les responsables et ceux qui ont financé la guerre.

Cet État qui s’est construit depuis les accords de paix est un État qui fait la promotion de l’intégration du pays au système capitaliste mondial, un capitalisme toujours plus globalisé. Finalement, les accords de paix ont produit les conditions pour que, légalement ou dans un contexte de démocratie formelle libérale capitaliste, les entreprises puissent entrer au pays et générer une série d’articulations afin d’exploiter les ressources naturelles. Contrairement a l’époque coloniale, ce processus ne se fait plus seulement selon une logique d’expansion territoriale, sinon qu’il y a un autre élément fondamental : la soumission idéologique. Il s’agit d’une nouvelle forme de violence. Les entreprises minières y participent aussi. Il semble que 80% de tout l’or du monde est utilisé à des fins non productives. On l’utilise pour faire des bijoux, pour le luxe. C’est donc contradictoire que, par exemple, il affecte négativement la vie des communautés. S’il servait autrefois de fondement au système monétaire international, aujourd’hui, il ne sert plus qu’à l’opulence et au cosmétique.

ACOGUATE : De quelle façon peut-on dire que deux visions du « développement » s’opposent quant à l’exploitation minière au Guatemala ?

JDL- En comparant le modèle de développement capitaliste avec celui qui nous est propre, aux premières nations, nous constatons qu’ils sont totalement contradictoires. Pour les peuples autochtones, le sous-sol ou la terre a un nom. Par exemple, en Mam, nous disons Knan Chojch. Knan signifie « notre mère » et Chojch signifie « terre », donc « notre terre mère ». Cet élément culturel entre en contradiction directe avec l’arrivée d’une transnationale. Pour elle, il n’existe pas de « terre mère », la terre est la terre et il faut exploiter ses ressources. Les connotations culturelles sont ainsi rompues, et de là est générée la conflictualité.

FS- Pour l’industrie extractive, le développement vient des recettes et du profit obtenu. Selon cette conception, la terre, l’eau, la forêt, la montagne et le volcan sont des marchandises. On peut donc les extraire et les vendre. Pour les peuples autochtones, le développement consiste en la reproduction de la vie dans des conditions optimales. Le problème n’est donc pas que l’entreprise minière doive payer plus pour ce qu’elle extrait, mais simplement qu’elle extraie1. Même si elle payait 100% sur ce qu’elle extrait, ce sont des ressources non renouvelables et fondamentalement son activité influence non seulement l’environnement mais aussi le mode de vie des populations.

ACOGUATE- Quels sont les mécanismes de résistance employés par les communautés et sur quels instruments juridiques s’appuient leurs revendications ?

JDL- Au Guatemala, particulièrement dans le cas de San Marcos, dans les communautés Mam et Sipakapense, les pratiques de résistance et d’organisation reposent sur les autorités communautaires. Ce sont ces autorités qui ont joué le rôle de communication, d’éducation, d’orientation et d’organisation pour réaliser les consensus communautaires, afin de savoir si la communauté est en accord ou non avec l’exploitation des ressources naturelles. Ce sont ce qu’on appelle les consultations communautaires ; c’est le nom juridique et technique de cette pratique démocratique qui existe depuis des centaines d’années dans les communautés. Ce droit est inclus dans différents instruments juridiques nationaux et internationaux2. Même si l’État ou la Cour constitutionnelle ne reconnaissent pas que ces consultations engagent l’État3, les communautés l’exercent parce que c’est une pratique légitime et légale. Il existe un rapport de la Commission nationale de transparence qui dit que malgré le fait que ces consultations aient été réalisées de nombreuses années après l'enclenchement des projets d'exploitation, le droit à la consultation ne cesse d’être un droit légitime parce qu’il est établi légalement4.

ACOGUATE- Quelles sont les difficultés qui ont été rencontrées par les organisations et les représentants des communautés dans leur lutte contre l’exploitation minière ?

FS- Le premier problème serait la négation par l’État des instruments que ce même système donne aux communautés pour défendre leurs droits. La question est de savoir quoi faire lorsque c’est l’État même qui nie les instruments légaux. La Convention 169 est un instrument reconnu par l’État5 et le principe fondamental qui y est consigné est que les communautés ont droit à la consultation préalable et informée. Ceci ne s’est produit en aucun cas. Il n’y a réellement jamais eu de consultation préalable. Le deuxième problème est la criminalisation de la lutte ou l’utilisation par l’État des forces de sécurité pour faire face à la protestation sociale. Certains des mécanismes qui étaient utilisés durant la guerre refont surface : le harcèlement violent, les exécutions extrajudiciaires, la disparition, l’attaque directe, etc. Il n’est pas possible d’utiliser les tribunaux parce qu’ici, tout l’appareil de justice fonctionne sous la base de la subordination et des intérêts privés. Celui qui paie commande. Celui qui a l’argent pour payer un fonctionnaire de justice est assuré de sortir indemne du processus.

ACOGUATE- Quelles sont les faiblesses du mouvement social dans la défense des ressources naturelles et quels sont les défis auxquels font face les communautés ?

JDL- Premièrement, je pourrais mentionner la division politique qui existe au sein du leadership. Par exemple, l’existence des Églises évangéliques et catholiques nuit à l’union des communautés. D’autre part, la pauvreté et l’extrême pauvreté entrent aussi en ligne de compte. Les gens n’ont pas beaucoup de temps pour penser à ce qu’ils vont faire dans le mouvement pour la défense du territoire quand ils sont occupés à penser à ce qu’ils vont manger pour déjeuner. Puis, il y a aussi la question politique, des partis politiques, qui, loin d’articuler une force pour faire face aux problèmes collectifs, fragmentent l’unité communautaire. La lutte de leadership est un grave problème ici. Cela explique que nous n’ayons pas réussi à gagner un gouvernement, nous qui sommes la majorité, le peuple maya du Guatemala.

FS- Il faut garder en tête que derrière l’exploitation minière se trouve tout un pouvoir constitué, historiquement très fort, celui des entreprises, des transnationales et des groupes de pouvoir. Pour faire face à ce pouvoir, il faut en construire un. Or, la constitution de celui-ci ne passe pas par les partis politiques ou le gouvernement. C’est avec le pouvoir que l’on fait face au pouvoir. Cela implique de construire des projets politiques, et je ne fais pas référence à des projets partisans. La bourgeoisie nationale possède un projet politique et économique très bien défini: le profit. Les communautés sont claires, elles ne veulent pas de ces projets. Elles veulent une autre forme de développement, une forme qui ne leur aurait pas été imposée. Il faut donc construire un pouvoir qui soit capable d’exprimer aux transnationales que nous ne voulons pas de ça.

1 Selon la Loi minière du Guatemala, en vigueur depuis janvier 1998, les entreprises doivent payer 1 % des profits reliés à l’exploitation minière (0.5% à l’État et 0.5% à la municipalité). [Artículo 63, Ley de minería y su reglamento, Ministerio de energía y mina, Dirección general de minería, Guatemala, Decreto 48-97].

2 Voir l’article 66 de la Constitution politique de la République (http://www.oas.org/Juridico/MLA/sp/gtm/sp_gtm-int-text-const.pdf), les articles 63, 65 et 66 du Code municipal (http://www.congreso.gob.gt/archivos/decretos/2002/gtdcx12-2002.pdf) et les articles 6, 7, 8 et 15 de la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT) (http://www.ilo.org/ilolex/cgi-lex/singlef.pl?query=011989169@ref&chspec=01).

3 Décision de la Cour constitutionnelle du Guatemala du 8 mai 2007 dans laquelle elle qualifie de légale et légitime la Consultation de Sipakapa de 2005, mais qu’elle n’engage pas l’État.

4 Informe de Investigación y Verificación del Proceso de Autorización de las Licencias de Explotación en Los Municipios de San Juan Sacatepequez, Departamento de Guatemala y San Miguel Ixtahuacán, Departamento de San Marcos, Comisión Extraordinaria Nacional por la Transparencia, 23 de octubre de 2009. (http://www.congreso.gob.gt/uploadimg/documentos/n9132.pdf)

5 La Convention a été ratifiée par le Guatemala le 5 juin 1996.


Note: Entrevue publiée dans la revue d'actualité du PAQG. www.paqg.org
Pour la version originale de l'entrevue en espagnole, voir le blog d'ACOGUATE. www.acoguate.blogspot.com

mardi 15 décembre 2009

Logros y fracasos

Ça y est. Je vois la fin de mon contrat approcher à grands pas, en regardant mes deux ou trois entrées sur ce blogue et en me désolant de ne pas avoir écrit plus. Il faut croire qu'il y avait trop à faire, trop à voir. Peut-être un peu de paresse aussi. Toutefois, les deux dernières semaines ont été marquées par une série d'évènements dont je ne pourrais me permettre de ne pas faire mention. De bons exemples, l'un pour l'avancée considérable qu'il représente, l'autre pour démontrer qu'il reste beaucoup de chemin à faire par rapport aux droits humains au Guatemala.

Tout d'abord, les bonnes nouvelles. Le cas El Jute, dont j'ai fait mention plusieurs fois par le passé, a finalement abouti. En résumé, trois commissaires militaires et un colonel faisaient face à des accusations de séquestration et de délit contre les devoirs d'humanité, en relation à la disparition de huit membres de la communauté de El Jute, faits perpétrés en octobre de l'année 1981. Dans le cas du colonel, le fait qu'un officier supérieur soit jugé pour ce type de crime commis durant le conflit armé interne, le plus meurtrier en Amérique latine, constitue une première. Au cours des 13 audiences qui ont constituées le processus, pas moins de 39 personnes ont défilés devant les juges: trois témoins experts sommés par l'accusation, un pour la défense, 21 témoins occulaires pour la partie accusatoire et 14 pour la défense. J'ai eu le privilège d'assister à la majorité des audiences. D'interminables heures de débat, en effet, mais qui ont porté fruits.

Le 3 décembre dernier, après neuf heures de délibération, les trois juges du tribunal de sentence pénal du département de Chiquimula ont tranché en faveur du comité de victime de El Jute, principalement composé de membres des familles des disparus. La condamnation en soit représente une avancée considérable dans la lutte contre l'impunité au Guatemala. Mais il y a plus. En élaborant la sentence, la Cour a jugé opportun d'amplifier l'accusation afin que celle-ci reflète de manière adéquate la gravité des faits. C'est ainsi que l'accusation de séquestration fut changée en disparition forcée. Ajoutée au crime envers les devoirs d'humanité, la sentence reçue par les accusés totalise ainsi 53 ans et quatre mois de prison. Un autre point digne de mention est le fait que les juges ont su tenir compte du fait qu'il existe plus que quatre coupables pour ces disparitions, ainsi que pour les autres crimes commis lors des différentes interventions de l'armée dans la communauté. En d'autres mots, toute la chaîne de commandement militaire de l'époque est maintenant sujette à poursuite pour avoir mis au point de telles stratégies de terreur envers la population civile, du chef d'état-major des armées jusqu'au ministre de la défense de l'époque.

L'ambiance qui régnait dans la salle d'audience lors de la tombée du verdict est extrêmement difficile à décrire. Premièrement, venant de la foule bigarée constituée de membres des familles des victimes ou des accusés, de représentants d'organismes oeuvrant pour les droits humains au Guatemala, d'anciens militaires, de diplomates étrangers, aucune réaction spontanée de joie, de tristesse ou de colère. Il est évident que les trois heures prises par le juge en chef afin d'expliquer les détails de la décision ont probablement contribuées à engourdir les esprits de la majorité. Toutefois, même lorsque tout fut dit, ce n'est que très graduellement que la nouvelle a fait son chemin dans les esprits. Probablement que personne ne s'attendait à une telle sentence, moi le premier. Après d'innombrables poignées de mains échangées un peu au hasard, un sourire en coin, ma collègue et moi rentrâmes à notre hotel sous escorte, ne réalisant vraiment ce qui venait de se passer que le lendemain matin.

Pour ceux que ça intéresse, la défense doit en ce moment déterminer si elle en appelera de la sentence (ou non).

Voir http://www.prensalibre.com/pl/2009/diciembre/04/360515.html

Et maintenant pour le feo...

Le 10 décembre dernier, le Parque Central de la capitale fut le théâtre de la violente explusion, à grands coups d'antiémeutes, de gaz lacrimogène et de poivre de cayenne dans la figure, d'un groupe de sindicalistes qui exercait son droit de manifestation. Pour faire une histoire courte, depuis maintenant 15 mois ces derniers y avaient érigé leur ''camp de base'', constitué de quelques tentes entourées de bannières. À l'origine, ceux-ci travaillait pour l'entreprise Agua Pura Salvavidas, membre de la Corporación Castillo Hermanos. Après plusieurs tentatives de faire reconnaître leur syndicat par le Ministère du travail, ce qui fut finalement chose faite, l'entreprise déclara en faillite l'usine dont il était question. Postérieurement, plusieurs des travailleurs de l'endroit furent relocalisés, sauf ceux étant toujours affiliés au syndicat. C'est donc suite à ce renvoi que les membres du syndicat commencèrent à réclamer leur relocalisation, lutte qui les mena éventuellement à occuper un espace dans le Parque Nacional, en face du Palacio Nacional de la Cultura. Depuis lors, le cas ne connut pratiquement aucune avancée, le gouvernement guatémaltèque se montrant insensible à un groupe de syndicaliste demandant l'application du Code du travail face à une entreprise dirigée par ce qui est l'un des hommes les plus puissants du pays.

Bien évidemment, les autorités avaient leurs raisons de réclamer cette expulsion. En effet, trois jours plus tard devait avoir lieu la semi-finale de l'émission de télé-réalité La Academia, diffusée par la chaîne TV Azteca. De manière très à propos, la localisation de la scène principale était planifiée au même emplacement que le campement de fortune. Ce fut donc une excellente excuse que cette excellente soirée, ou des milliers d'adolescents purent idolâtrer à leur aise les prochaines superstars de la pop latino sans avoir à subir les affres d'une vulgaire lutte pour les droits des travailleurs au Guatemala. Plusieurs concerts d'envergure nationale ont récemment pu avoir lieu au même emplacement sans pour autant avoir à y chasser les sindicalistes, tels que le concert pour célébrer le jour de la Révolution, ou encore celui visant à éliminer la violence envers les femmes. Il faut croire que dans ce cas, les intérêts d'une chaîne mexicaine ont su primer.

Voir http://acoguate.blogspot.com/2009/12/sindicalistas-de-sitrapeten-desalojados.html

Guillaume

samedi 28 novembre 2009

Quelques actualités de la région de Huehuetenango.

La 6e Semaine de diversité biologique et culturelle

C'est à Yalambojoch, situé dans la municipalité de Nenton, département de Huehuetenango, tout près de la frontière mexicaine, que s'est tenue la 6e Semaine de diversité biologique et culturelle du 15 au 19 novembre dernier. Au cœur des montagnes Cuchumatanes et de la région culturelle Chuj, cette communauté fut l'une des plus affectées par le conflit armé interne dans les années 1980. Le film La Hija del puma qui relate ces événements y prend justement lieu. Il s’agit d'une petite communauté qui regroupe environ 300 familles qui vivent essentiellement d'agriculture, d'artisanat et de commerce local a petite échelle. À cette époque de l'année, le climat y est assez froid; pas seulement assez froid pour un pays du «sud», mais réellement froid selon mes propres références. Merci à mon sac de couchage conçu pour le climat québécois!

Le choix de ce lieu n'était pas innocent. En effet, un des lieux clés de la région est la «Laguna Yolnabaj», mieux connue sous le nom de la Laguna Brava, est actuellement menacé par des investisseurs étrangers qui veulent en faire un complexe touristique. Il est actuellement question de privatiser cette lagune de 4km2 très riche en biodiversité. Pour l'instant, il s'agit toujours d'un territoire géré par les gens de la région dans le cadre d’un projet de tourisme communautaire. De plus, le lieu est grandement menacé par un projet d’autoroute controversé, la Franja Transversal del Norte, qui devrait éventuellement passer par là.

Le processus de la Semaine pour la diversité culturelle et biologique avait été initié en 2001 à San Cristobal de las Casas, au Mexique et avait rassemblé 400 personnes. La thématique principale de cette première semaine avait été les impacts de l'implantation du Plan Puebla Panama. Les Semaines suivantes se sont successivement déroulée à Quezaltenango au Guatemala, au Honduras, au Salvador et à Colotenango au Guatemala. Il s'agit donc d'un processus de rencontre entre les différents peuples d'Amérique centrale, organisations de base, leaders communautaires et organisations de défense du territoire afin d'établir des stratégies et des alternatives face aux menaces posées par les mégaprojets et les impacts du modèle néolibéral.

Cette année, l'événement a rassemblé environ 600 personnes de la région. C'est donc dire que presque tous les membres de la communauté étaient impliqués, soit en hébergeant des participants, en cuisinant ou en aidant au niveau logistique. Personnellement, c'est probablement cette caractéristique qui m'a le plus impressionné pendant la semaine. Vraiment, c'était un bel exemple de solidarité et d'échange. Au départ, j'ai eu un peu peur que tant de personnes qui envahissent une si petite communauté en même temps causeraient probablement plus de dommages qu'autre chose. Finalement, je pense que le comité organisateur avait assez bien prévu la chose, au niveau de la gestion des déchets et du site en général. Sinon, c'est peut-être moi qui n’a rien vu...

Le premier jour, les représentants des différentes délégations (Mexique, Salvador, Honduras, Costa Rica et Guatemala) ont présenté la situation dans leur pays ou communautés respectifs; la situation au niveau environnemental, des mégaprojets, de l'exploitation des ressources naturelles ou des conflits de territoire. Les deux jours suivants, les participants étaient divisés en cinq tables de travail (Territoire et mégaprojets, souveraineté alimentaire, modèle néolibéral, santé des peuples, jeunesse et territoire et femmes, territoire et droits) pour travailler sur des thématiques spécifiques. Pour ma part, j'étais inscrite à la table de travail sur les mégaprojets, et dans la sous table sur l'exploitation minière. C'est un sujet qui m'intéresse beaucoup et qui est particulièrement important dans la région où je travaille. Ce fut l'occasion pour les différents participants d'échanger sur leurs expériences, de partager de l'information et d'élaborer des stratégies à l'échelle de l'Amérique centrale. Il est vrai que le besoin d'une coordination entre les différentes organisations au niveau régional, mais aussi local est très grand. Difficile d'évaluer les retombées concrètes dans l'immédiat, mais a mon avis, l'exercice en valut la peine. De toute façon, mon intérêt pour ce genre de processus est déjà bien connu par la plupart d'entre vous...

Une sortie dans certains lieux d'intérêt de la région avait aussi été organisée le mercredi matin. Des petits ennuis de santé (rien de grave!) m'ont malheureusement forcé à rester un peu plus longtemps dans mon sac de couchage. Mais Tito, mon partenaire de travail a, lui, pu aller visiter la Laguna Brava. La semaine s'est terminée par un marché d'échange de semences et de produits artisanaux et par la lecture de la Déclaration de Yalambojoch, élaborée par les différents groupes de travail.

Dans le cadre de notre travail ici, notre participation à cet événement nous sortait un peu de notre quotidien d'accompagnateurs. Mais très positif dans l'ensemble. Aussi, ce fut une rencontre un peu troublante pour Tito et moi avec la femme qui nous accueillait dans sa maison, et qui cuisinait pour nous. Tous les deux, nous avons ressenti quelque chose d'assez fort en la rencontrant. Difficile à expliquer... un regard tellement triste qu'on ne pourra oublier de sitôt...

http://www.visemanadiversidadbiologica.ceibaguate.org

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La Déclaration des peuples de la région Nord de Huehuetenango libres d'exploitation minière et de mégaprojets.


Le 24 novembre dernier a été célébrée cette déclaration dans la municipalité de San Sebastián Coatán. L'événement avait été organisé par les autorités municipales, communautaires, les organisations locales des peuples mayas Qanjobal, Chuj et Akateko, l'Assemblée départementale de Huehuetango pour la défense des ressources naturelles ainsi que le Conseil des peuples de l'Occident. Cette déclaration souligne la réalisation de consultations populaires dans les huit municipalités de la région Nord de Huehuetenango. Dans ces huit municipalités, la population s'est opposée à l'exploitation minière et aux mégaprojets. C'est la seconde région du département qui célèbre une telle déclaration. En effet, en septembre 2008, cinq autres municipalités avaient fait de même. Il faudra observer les développements au cours de la prochaine année, et voir si l’ensemble du département pourra se déclarer libre d'exploitation minière.

Le processus des consultations populaires revêt une importance particulière ici. En effet, il représente le droit des peuples autochtones à être consulté de manière libre et informée avant que des projets d'exploitation soient mis en place sur leur territoire. Ici, ce droit est reconnu par la Consultation politique et le Code municipal. Au niveau international, le droit à la consultation est reconnu par la Convention no 169 de l'Organisation internationale du travail (OIT). Malgré cette reconnaissance, il est souvent difficile pour les peuples autochtones de voir ce droit respecté de manière entière. D'autant plus qu'aucun de ces instruments juridiques ne reconnaît l'obligation de l'État de respecter les décisions prises dans de telles consultations.

Elyse

dimanche 22 novembre 2009

La Ley de Reconciliación Nacional, instrument de paix ou d’impunité?

Voici un article que j'ai rédigé pour la publication du Projet Accompagnement Québec-Guatemala. N'hésitez pas à laisser vos commentaires! Désolé pour l'absence de photo, mais sans caméra (volée il y a quelques semaines) c'est plus compliqué...

Par Guillaume Charbonneau

Signés au mois de décembre 1996, les Accords de paix du Guatemala devaient marquer la fin d’une triste période, caractérisée par l’un des conflits armés les plus meurtriers à s’être déroulé en Amérique latine. Avec la signature de la paix vint l’espérance que justice soit faite pour les quelques 200 000 morts et disparus, dont une majorité de civils. C’est aussi dans la foulée de ces Accords de paix que fut approuvée par le Congrès guatémaltèque la Ley de Reconciliación Nacional (Loi de réconciliation nationale), aussi connue comme le Décret 145/1996[1], et qui est loin d’être la seule en son genre en Amérique latine. L’emploi du champ lexical de la paix qui la caractérise occulte cependant un outil d’amnistie fortement utile aux responsables des nombreux crimes et atrocités commis durant le conflit armé interne. Aujourd’hui encore, alors que l’impunité demeure un problème hautement préoccupant au Guatemala, on emploie de manière récurrente la Loi de réconciliation nationale afin de se soustraire au poids du passé.

Les paragraphes d’introduction du décret 145/1996 l’établissent clairement: parce que la paix relève de l’intérêt national, le renforcement des institutions et de la stabilité sociale, de même que l’unité et le développement du pays requièrent certaines mesures spéciales dans un contexte de fin de conflit armé interne. Au cours de ce conflit ont été commis des gestes qui, selon la loi, sont considérés comme des délits politiques ou délits communs connexes. Alléguant que la réconciliation doit tenir compte les circonstances entourant les gestes posés par chaque individu, la Loi de réconciliation nationale enlève toute responsabilité pénale pour les délits politiques perpétrés entre 1962 et 1996. Cela concerne les délits commis par des forces s’opposant à l’État, notamment les guérillas, de même ceux perpétrés par les autorités étatiques ou les membres de ses institutions afin de prévenir un délit politique. Toutefois, la loi ne s’applique pas aux délits de génocide, de torture, et de disparition forcée, conformément au droit interne et aux traités internationaux ratifiés par le Guatemala.

Un peu partout en Amérique latine, on retrouve des variantes de ce genre de mesures amnistiantes mises en place suite à une étape trouble de l’histoire du pays. Tout d’abord un voisin du Guatemala, le Salvador : La guerre civile opposant le Frente Farabundo Martí de Liberación Nacional (FMLN) et les forces armées salvadoriennes entre 1980 et 1991 causa près de 70 000 morts et disparus. Les conclusions du rapport de la Commission de la vérité qui suivit les accords de paix étant considérées injustes par l'armée salvadorienne, elles furent catégoriquement rejetées par celle-ci. Face à ces pressions, le gouvernement adopta une loi d’amnistie extrêmement large, la Ley de Amnistía General para la Consolidación de la Paz (Loi d’amnistie générale pour la consolidation de la paix). Cette loi accorde une amnistie pleine, absolue et sans conditions à tous ceux ayant commis des crimes de nature politique, ou crimes communs reliés à des crimes politiques, avant le 1er janvier 1992[2].

De même, au Chili, le décret-loi No 2191 fut établi cinq ans après le coup d’État du Général Augusto Pinochet[3]. Celui-ci empêche que soient jugés les individus qui auraient perpétré des actes criminels durant la période comprise entre le 11 septembre 1973 et le 10 mars 1978, période au cours de laquelle était officiellement décrété l’état d’urgence. Même si cette loi contribua aussi à la libération d’une centaine de prisonniers politiques, Amnistie Internationale et la Commission internationale de juristes considèrent qu’en réalité, elle ne représente qu’une manœuvre de la part du gouvernement militaire visant à protéger ses membres face à d’éventuelles poursuites judiciaires. De ce fait, la grande majorité des violations systématiques et généralisées des droits humains perpétrées durant cette période restent impunies. Il serait aisé d’établir un parallèle avec la Loi de réconciliation nationale qui, malgré son apparente équité, couvre une période durant laquelle l’État guatémaltèque (armée, groupes paramilitaires et autres forces de sécurité) aurait perpétré 93% des violations des droits humains[4].

Au cœur du pays, nombreux sont les exemples de cas où la Loi de réconciliation nationale a un impact déterminant sur les sentences des accusés, particulièrement en ce qui a trait au crime de disparition forcée. Le cas de Choatalúm, village du département de Chimaltenango, concerne six disparitions forcées qui eurent lieu entre 1982 et 1984. Felipe Cusanero Coj, en sa qualité d’auxiliaire militaire de l'époque, en fut accusé. À prime abord, un verdict de culpabilité semble relever de la simple logique, le crime de disparition forcée figurant au nombre des délits n'étant pas couverts par ladite loi. Malgré tout, la défense de Cusanero tenta de démontrer que la loi ne pouvait être appliquée rétroactivement, le délit ayant été créé en 1996. En bout de ligne, cet argument d'inconstitutionnalité fut rejeté par le juge et Cusanero, condamné. Ceci étant dit, la défense porta la décision en appel, demande qui est en ce moment étudiée par le système judiciaire guatémaltèque.

Un autre cas dont l’issue pourrait être fortement influencé par la décision que rendra le juge sur le sort de Cusanero est celui d'El Jute. El Jute est une communauté où font présentement face à la justice trois anciens auxiliaires militaires ainsi qu'un ancien colonel impliqués dans la disparition forcée de sept personnes au début des années 1980. En 2007, la défense des accusés demanda au juge de première instance de mettre un frein aux procédures judiciaires intentées contre les anciens militaires, qui étaient alors en détention préventive depuis deux ans. Selon la défense, les crimes dont ils étaient accusés ne seraient pas des disparitions forcées, mais bien des séquestrations, libérant ainsi les accusés de toute charge en vertu de la Loi de réconciliation nationale. La Cour constitutionnelle, la plus haute instance juridique du pays, pencha en faveur des accusés en décembre 2008. Ceci étant dit, une alliance formée de diverses organisations de la société civile réussit à faire suffisamment pression pour que cette décision soit portée en appel. Un processus judiciaire exceptionnel fut enclenché de manière à ce que les accusés soient jugés par le Tribunal de sentence de la région, procès qui a encore cours au moment d'écrire ces lignes.

La grande visibilité du cas El Jute explique en partie cette heureuse exception. Toutefois, la Loi de réconciliation nationale continue de contribuer à ce que des centaines d’autres crimes commis durant le conflit armé interne restent impunis. La quasi-inexistence de condamnations pour les crimes de disparition forcée, torture ou génocide perpétrés entre 1962 et 1996 au Guatemala, et ce malgré le fait que la loi ne les amnistie pas, est un bon exemple du profond manque de volonté politique d’agir pour une véritable réconciliation nationale.

[1] Decreto numero 145-1996 - Ley de reconciliación nacional, 27 Diciembre 1996 [En ligne], http://www.acnur.org/biblioteca/pdf/0148.pdf (page consultée le 15 novembre 2009).

[2] Inter-American Commission on Human Rights, « Report on the Situation of Human Rights in El Salvador », OEA/Ser.L/V/II.85 Doc. 28 rev, (February 11, 1994).

[3] Amnistía internacional, « Piden anular la Ley de amnistía », El Clarín de Chile, Santiago de Chile, lunes 16 de octubre de 2006.

[4] Selon la Comisión para el Esclarecimiento Histórico, l’organisme ayant été chargé de faire la lumière sur le conflit interne au Guatemala (Impunity Watch, Reconociendo el pasado, desafíos para combatir la impunidad en Guatemala, Guatemala, Publicación de Impunity Watch, 2008, p. 12).

dimanche 1 novembre 2009

O Campo!


D'abord, mille excuses pour mon manque total de discipline sur ce blogue. Parfois, nos horaires bien irréguliers rendent quelque peu difficile la tâche d'écriture assidue... C'est donc un arrêt forcé à la capitale qui me permet aujourd'hui de prendre du temps pour écrire quelques lignes.

Premièrement, sur le plan personnel...j'ai décidé de prolonger mon séjour ici. Mon contrat se terminera donc finalement au moins en février, mais fort probablement en mars. Il reste encore quelques détails logistiques à vérifier pour l'officialiser. Le temps ici passe beaucoup trop vite, et comme je n'ai pas encore de plan précis pour la suite, j'ai pensé qu'il valait la peine de vivre l'expérience jusqu'au bout.

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Un des thèmes qui a occupé beaucoup notre attention dans la région au cours des dernières semaines a été l'enquête de la Commission nationale extraordinaire pour la transparence sur les cas controversés des licences pour l'exploitation cimentière à San Juan Sacatepéquez, dans la région de la capitale, et minière à San Miguel Ixtahuacán et à Sipacapa, dans le département de San Marcos. Pour répondre au taux particulièrement élevé de conflictualité dans les communautés concernées par ces projets, la Commission de transparence avait comme mandat d'étudier ces cas pour ensuite fournir ses conclusions et recommandations.

L'enquête a débuté par une série d'audiences publiques dans la capitale. Dans le cas de la Mine Marlin, dans le département de San Marcos, les audiences se sont déroulées sur trois jours. Se sont succédés les organisations civiles en opposition et en faveur du projet, les Ministères de l'énergie et des mines ainsi que de l'environnement et des ressources naturelles et l'entreprise en question, Montana Exploradora, une subsidiaire de la compagnie canadienne GoldCorp afin de répondre aux questions de la Commission. Celle-ci a, par la suite, visité quelques unes des communautés les plus affectées par le projet minier. Une tournée éclair des maisons fissurées et des gens souffrant de maladies de peau a donc été effectuée par les membres de la Commission. De plus, une rencontre avait été organisée pour permettre aux membres de ces communautés de s'exprimer sur la question. Beaucoup des commentaires alors entendus faisaient référence au niveau de conflictualité sociale élevé découlant du débat sur la présence de la mine. La journée s'était terminée par la visite de la mine. Bien entendu, nous avons dû patienter à l'extérieur avec la grande majorité des personnes présentes. La ballade en pick-up nous avait toutefois permis de voir l'étendue de cette construction à ciel ouvert.

Il ne nous restait plus qu'à attendre le rapport de la Commission. Celui-ci fut remis officiellement au président du Congrès vendredi le 23 octobre. Je n'ai pas encore eu la chance de lire le rapport au complet... Toutefois, nous avons assisté à sa présentation par la présidente de la Commission, la députée Rosa María Ángel Madrid de Frade. Essentiellement, le rapport recommande que des études indépendantes soient effectuées pour connaître la quantité réelle d'eau utilisée par la mine, les dangers environnementaux reliés à l'usage de produits chimiques, le lien entre la présence de la mine et les maladies de peau des habitants des communautés ainsi qu'avec les maisons fissurées, etc. Au premier abord, la responsabilité de la mine n'est jamais mentionnée. Il faudra attendre que des experts indépendants se prononcent éventuellement sur ces questions... J'ai donc peur que les espoirs d'une partie importante de la population de San Miguel Ixtahuacán soient, du moins, quelque peu déçus…

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Mon séjour dans une des communautés particulièrement affectées par le conflit armé interne, dans les années 1980, dans le département de Huehuetenango se situe, quant à lui, dans un tout autre registre. En effet, ce fut pour moi l’occasion d’en apprendre (beaucoup!) sur la récolte du maïs, de découvrir qu’il est commun et efficace de chasser les oiseaux avec une sarbacane et de faire rire de moi en essayant de prononcer quelques mots en Chu’j. J’ai aussi pu expérimenter une de mes plus grandes peurs… les temps libres. En effet, notre travail dans cette communauté est surtout concentré autour des trois repas de la journée (caractéristique qui ne me déplait pas non plus…) ce qui nous laisse tout de même beaucoup de temps libres entre chacun de ceux-ci. J’en ai profité pour développer un système pour me laver avec mes vêtements dans le ruisseau, lire, lire, lire et explorer les champs de maïs. Il fallu aussi s’adapter à un tout autre rythme de vie. Un genre de décalage horaire qui nous pousse à vivre avec le soleil. Ceci signifie dodo à 19h30… ce qui ne m’était sûrement pas arrivé depuis une bonne vingtaine d’années. Ce fut aussi quelques discussions super intéressantes dans les familles que nous visitons. J’ai donc bien hâte d’y retourner, malgré le long chemin qu’il faut emprunter pour s’y rendre…

Elyse

jeudi 1 octobre 2009

Une première sortie



Dimanche matin, 4h30. Un réveil plutôt abrupte, à l'image d'une sortie assez chaotique. Par chance, Elyse, dans toute sa solidarité, a réussi à s'extirper de son lit afin de me souhaiter bonne chance. À 5 heures, Natalia (ma partenaire pour cette sortie) et moi quittons la Casa en taxi pour la station d'autobus. Après environ quatre heures de route et un transfert de bus, nous arrivons finalement à la communauté. Construite à flanc de colline, ce village est constitué d'une centaine de petits sentiers qui montent et qui descendent, qui remontent et qui redescendent... Natalia n'en étant pas à sa première visite, elle nous guida facilement dans ce dédale vers la maison où réside le témoin chez qui nous dormirons et mangerons au cours des prochains jours. Ce dernier fait partie du comité de victimes accompagné par Acoguate.

Formé en 2000, ce comité fut constitué afin que justice soit faite dans une histoire de disparition forcée qui remonte aux années 70. En effet, une vieille dispute entre un ''comisionado militar'' et certains membres de la communauté aurait mené, en 1981, à ce que plusieurs d'entre eux soient accusés de faire partie de la guérilla guatémaltèque. Directement au coeur des mesures contre-insurgentes de la période que l'on nomme à juste titre ''guerre sale'', il n'en fallu pas plus pour que, sous les ordres d'un colonel de la région, les huit présumés disparaissent aux mains de trois ''comisionado militar'' et de leurs hommes. Depuis lors, aucun des disparus ne fut retrouvé, mort ou vivant. C'est ainsi que de nombreuses années plus tard, suivant la formation du comité de victime (la majeure partie étant parents des victimes), une longue bataille juridique débuta. La série de revirements étant trop compliquée pour être détaillée ici, je me limite à ne mentionner que les points les plus importants, en vous invitant, du moins les hispanophones, à jeter un coup d'oeil sur le site d'Acoguate, plus précisément l'entrée du mois de janvier dernier (http://acoguate.blogspot.com/2009_01_01_archive.html). Bref, le Comité en est à un point tournant dans son histoire, puisqu'il y a deux semaines s'est ouverte une nouvelle étape de la saga judiciaire, avec l'ouverture du débat public. S'en prendre à des anciens de l'armée n'étant pas une mince affaire au Guatemala, et particulièrement à un ancien colonel, ce qui est une première au pays, le groupe s'est vu faire face à de nombreux obstacles (intimidations, etc).

La tension était élevée le mardi suivant, date du débat public. La semaine d'avant, il ne put avoir lieu vu l'absence du colonel, qui ne fut pas transféré depuis l'hopital militaire. De ce fait, plusieurs se demandaient si le scénario se répèterait. Finalement, le principal intéressé fit son entrée, traversant la foule, notamment composée des membres du Comité de victimes, qui attendait à l'extérieur de la salle. Le procès débuta par une requête de la partie plaignante, représentée par un organisme étatique de défense des droits humains (Procuradora de Derechos Humanos). Celle-ci proposa d'amplifier l'accusation, qui pour plusieurs raisons se limite au crime de séquestration, afin d'englober ceux de disparition forcée et de torture. Après avoir profité de la pause du dîner pour délibérer, les juges tranchèrent en faveur de la défense, jugeant que cette requête était inapplicable à cette étape de la procédure, c'est-à-dire avant la présentation de la preuve. Plusieurs furent fortement déçus par cette décision (et d'autres plutôt réjouis), qui marqua cette première audience publique. Suite à cela et après avoir salué les membres du Comité, Natalia et moi sommes revenus à la capitale, assez ébranlés. D'autant plus que dans le cas de ma partenaire, ce fut sa dernière visite avant de sortir du pays, après neuf mois d'accompagnement dans la communauté.

Au long de ces trois journées d'accompagnement, à plusieurs reprises il vint des moments où je ne savais plus trop où donner de la tête afin d'être le moindrement utile, particulièrement en ce qui à trait au cirque juridique qu'a été l'audience du mardi. Vu l'ampleur du précédent causé par cette affaire, une quantité importante d'organisations et de groupes luttant pour les droits humain étaient présents. Je ne peux m'empêcher d'être un peu découragé par l'ampleur que prend toute l'affaire. Évidemment, je suis extrêmement content pour les victimes qu'autant d'appui leur vienne de l'extérieur de la communauté. Cependant, il me semble un peu aberrant qu'après des décennies cette histoire ne soit pas encore réglée, aussi évidente la solution semble-t-elle être. De ce fait, j'admire énormément le courage, et surtout la patience, des membres du Comité de victimes.

Guillaume